Alors que la belle époque des salles d'arcade est loin derrière nous, un de ses enfants est venu me frapper de plein fouet : le Versus Fighting !
Ce journal narre mon expérience de néophyte qui se lance à corps perdu sur le ring, des milliers d'adversaires mais un but en commun : devenir le meilleur.




PROLOGUE

Mais pour en arriver là, il faut d’abord se prendre des coups. De gros coups qui laissent des marques saillantes pendant plusieurs semaines. Elles ne disparaîtront d’ailleurs jamais totalement, marquées au fer rouge sur l’autel de l’entraînement. Ma première expérience avec le versus fighting remonte à l’âge d’or des nostalgiques. En ce temps là, la Super Nintendo ne nous avait pas encore livré tous ses secrets mais Super Street Fighter II Turbo était déjà entre nos mains. Enfin, plutôt entre celles d’un pote de mon grand frère mais j’ai eu le privilège d’y jouer lors d’une soirée où les petits jouaient avec les grands.



L’INSTANT OÙ TOUT BASCULE

Bien plus tard lors d’un ravitaillement en fournitures de dessin, alors que mes pas, pressés qu’ils étaient de rentrer me firent prendre une ruelle sombre aux allures de raccourci. Au détour d’un regard, une forme rouge et bleu à moustache se détacha nettement. Sur la porte vitrée d’un bar, un A4 annoncait l’organisation d’un tournoi de Super Mario Kart et Street Fighter 2 chaque mardi soir.

La semaine suivante : armé de potes et de liqueur ambrée, je découvre dans ce minuscule bar, une Super Nintendo, deux manettes, un vidéo projecteur et une grille de tournoi. Pour le commun des mortels, l’ennui. Pour des gamers ivres de leur jeunesse, une soirée de folie en perspective. Trois manches sur Mario Kart et deux sur Street Fighter. Le vainqueur remporte un mètre de shooters donc autant te dire que l’on a pas manqué de motivation… seulement de compétence. Prétendre que les premières fois ne sont jamais bonnes serait un doux euphémisme tout particulièrement quand on y ajoute de l’alcool. Malgré une cuisante défaite et un classement tout en bas de l’échelle, l’ambiance et l’adrénaline générées dans ce bistrot nous firent re-signer aussitôt pour les semaines suivantes.

D'occasionnel, ce tournoi devînt le rituel du mardi soir. Et à force de se battre sur une vieille console l’envie m’est venue de voir comment les jeux de combats avaient évolué au fil des ans. Or, justement Capcom venait de lancer une nouvelle édition du dernier opus de Street Fighter à savoir : Street Fighter IV : Arcade Edition.
C’est ainsi que je me suis lancé dans l’aventure...



JOURNAL D’UN DÉBUTANT

Je ne te mentirai pas. J’ai galéré. Mais je pense avoir autant aimé que galéré. Cela est très étrange de découvrir qu’un jeu que l’on qualifiait selon nos propres dires alcoolisés de jeu pour décérébré, peut en réalité posséder une profondeur de gameplay phénoménale.
Fini le spam des hadokens avec parfois un shoryuken qui sortait à l’improviste. Je voulais comprendre ! J’ai passé mes premières heures sur la nouvelle mouture à m’entraîner aux coups spéciaux. Ce ne fut pas sans larmes, mais je pouvais enfin choisir de faire un hadoken OU un shoryuken lorsque je le souhaitais. La différence est mince mais pour moi cela voulait dire beaucoup. Avec cette nouvelle technique je réussissais même à vaincre Seth en mode normal.

Ce qu’on peut être con quand même. Tout frétillant et enorgueilli de cette victoire, je baissa ma garde (enfin pas vraiment, vu que je ne savais même pas comment ça marchait) et encaissa ma première grosse baffe : le live. Autrement dit, les combats contre d’autres joueurs via internet. J’étais comme un poussin tout juste sorti de l’oeuf contre des coqs de combats sous perf de redbull. Oui, je pense que c’est une bonne image pour décrire mes premiers combats. “Quoi ! On peut se faire comboter aussi facilement ? Quoi ! Des coups aussi monstrueux sont légaux ? QUOI ! Mais enfin ! Je sais faire un shoryuken. BORDEL !” Je ne comprends rien à ce qu’il m’arrive. Un coup du gauche dans les côtes, suivit d’un crochet du droit puis d’un uppercut dans le menton. Tout vacille autour de moi, la lumière se floute pour ne laisser que du néant. Sonné, je ne lutte pas et me laisse tomber à terre...

---- Quelques mois plus tard ----

Depuis ma terrible expérience, je suis retourné à ma routine de joueur lambda. Me battre entre potes sur des jeux que l’on connaît par coeur me suffisait pleinement. Cependant, alors que je traînais sur la chaîne de streaming O’gaming, une émission m’interpella : Meurs pas sans ton pif. Sous ce nom incompréhensible pour le non-initié, se cache une émission traitant de Street Fighter IV et plus généralement des jeux de versus fighting. Animé par un Ken Bogard ahurissant, avec son élocution folle qui rendrait hystérique tout un congrès d’orthophonistes. Autant te dire que je suis tombé immédiatement sous le charme. Mais le plus intéressant se trouvait dans des vidéos bonus où Ken expliquait les bases du jeu à travers divers personnages. ( cf : «les tutos de Ken» ). Du pain béni pour tout débutant comme moi souhaitant comprendre ces jeux.

Le temps de plusieurs vidéos, je me suis retrouvé de nouveau sur les bancs de l’école dans un cours d’économie et sociale : l’oeil agard et le cerveau fumant à assimiler des termes barbares tels que le cross-up, l’empty jump et autres dash avant cancel... Une fois la première vague de notions et de vocabulaire dans la caboche, on y voit déjà un peu plus clair et une dure réalité se révèle alors à nous. Non, le jeu n’est pas déséquilibré. Non, les développeurs n’ont pas fini le jeu à la pisse de chèvre sur l’autel des DLC. Même si mon égo doit en prendre un coup : je suis mauvais. Une introspection plus tard, je me lance à corps perdu dans le versus figthing. Tranquilou... je débute quand même !



L’ENTRAÎNEMENT

Le jeu offre pleins de possibilités pour terrasser son adversaire. Comprendre par là que j’ai perdu de nombreuses fois et de diverses façons. Dans une époque où la plupart des jeux se veulent accessibles à tous en moins de 10 secondes, où la frustration est synonyme d’ennui et donc d’abandon, l’investissement personnel se fait rare. Pour preuve ma première soirée sur le live.

N’étant ni beau, ni intelligent, il ne me reste plus que la persévérance pour atteindre mes objectifs. Je suis comme un ours face à un piège indien. Sauf que je suis le genre d’ours à déraciner l’arbre à coups de tête : ça prend du temps, ça fait mal et j’en sortirai sûrement avec un joli traumatisme crânien mais je sais aussi que je lécherai ce miel qu’est la victoire !

Je commence à prendre plaisir à m’entraîner pour réussir un combo. Taper en rythme sur ces touches jusqu’à pouvoir répéter cette danse machinalement, tel fut mon credo. Je suis heureux lorsque je le réussis contre un sac d’entraînement, je jubile quand c’est en plein milieu d’un match.

Le mind game occupe une place importante dans le versus fighting. Cet anglicisme qui impose le respect en société - sous couvert d’avoir le bon accent - désigne la capacité à anticiper le coup adverse, à lire son jeu, pour lui administrer le contre approprié. C’est ce qui donne le sel à tous les jeux compétitifs et ce peu importe leur type : rien ne remplace un adversaire humain. Prenons un exemple concret : dans un pierre-papier-ciseau, si on sait que notre adversaire va sortir une pierre alors il ne nous reste plus qu’à le battre avec un papier. Bien sûr, la télékinésie n’étant pas encore d’actualité, les joueurs se reposent plus sur des statistiques de combat ( l’expérience de jeu ) ou sur le tempérament et style de jeu du joueur adverse pour le contrer. C’est une chose de savoir effectuer des combos mais une technique parfaite ne vaut rien contre un mind game aiguisé.



STREET FIGHTER MON AMOUR

Il y a des jeux qui sont graphiquement parfaits, magnifiques, séduisants à tous les niveaux. Leur esthétisme nous fascine au premier regard. Il arrive que l’on rencontre ce genre de jeux mais qu’au bout de quelques temps on les trouve d’un ennui mortel. Et il y en a d’autres qui ne paient pas de mine. Aux premiers abords on se dit qu’ils ne sont pas top, que ça peut aller mais quand on les connait mieux et que l’on voit à travers eux tant de possibilités cachées alors le gameplay dépasse toutes nos espérances et on tombe sous leur charme. Comme un feu qui aurait pris petit à petit, la flamme a tôt fait de devenir une passion flamboyante.
J’étais venu par curiosité, je suis resté par amour. Même si je pense être légèrement sujet au syndrôme de Stockholm, il n’en est pas moins vrai qu’un jeu ne m’avait pas autant pris aux tripes de cette manière depuis fort longtemps.

Comment nommer cette sensation qui te prend le ventre, te rend les mains moites, fait ralentir le temps et te rend heureux ? L’amour pour certains, la joie du versus fighting pour d’autres. Et en ce qui me concerne l’amour de la compétition à travers le versus fighting !



NEW CHALLENGER IS COMING

Tu as réellement lu tout ça ? Je suis impressionné.

En conclusion, tu l’auras compris en lisant cet article, je suis tombé amoureux du versus fighting. Je n’en suis qu’aux balbutiements du genre, avec à mon actif un seul jeu mais dorénavant je jetterai un oeil furtif mais malicieux à ses confrères.
Soit tu es un vieux de la vieille et dans ce cas j’espère t’avoir rappelé quelques souvenirs, soit tu es un néophyte et je serai ravi que tu tentes toi aussi l’expérience à la suite de cette lecture. Dans les deux cas, je t’invite à une baston entre amis sur le net : tous les coups sont permis et ça va mal parler... Je te le promets !