On le sait tous. Quand on est entre potes, ça oscille souvent entre du grand n’importe quoi et une énième suite de Very Bad Trip. Mais imagine que tu sois largué avec ces même potes sur une île. Une grande île, de la taille de Cergy-Pontoise. Voir même de deux ou trois Cergy. Bref, sur cette bonne grosse île, y a un mec qui a dispersé du matos un peu partout. Le genre de matos homologué par la NRA. Jusque là même si c’est chelou, tu te dis “c’est quoi le problème ?”.
Et bien, le problème, c’est qu’il y a 100 manos qui sont dans la même situation que toi et tes potes. Qu’ils sont déjà en train de courir partout pour mettre la main sur des SCAR-L et faire le plein de 5,56. Et que même si tu ne sais pas ce que c’est, tu sens que ça pues.
Car toi pendant ce temps là, tu te retournes vers tes potes qui rigolent en se mettant des patates de forains. Et tu sais. Tu sais car c’était déjà le cas durant vos après-midis chill au coin du net.
Tu sais que c’est la merde !




CHAIR À CANON

Impossible de ne pas citer Battle Royale au moins une fois donc je commence directement par ça. Au cas où quelques-uns n’auraient jamais vu ce film, voici un rapide résumé : une classe scolaire se retrouve coincée sur une île et se voit contrainte de s’entretuer jusqu’au dernier.
Je pense que tout ceux ayant visionné ce film (spécialement durant l’adolescence) y ont pensé. Que ferait-on si l’on était pris pour faire un Battle Royale ?
La seule réponse convenable serait : se pisser dessus et crever. Cependant, en partant du principe que je tienne le choc physiquement et mentalement pendant les dix premières minutes de l’épreuve, je serais parti sur l’idée de me planquer le plus longtemps possible jusqu’à ce qu’il ne reste plus que mon M416, Dylan et moi. Ayant tenté à l’époque de voler mon Tortank 1ère édition, Dylan n’aurait alors à mes yeux plus aucune raison de vivre et au vu de sa relative intelligence (qui tente de voler une carte en pleine partie ? QUI ?!) je pourrais facilement me défaire de lui.

Bien des années ont passé et je me retrouve finalement dans ladite situation. Situation virtuelle bien entendu sinon ce serait plutôt passage par la case froc mouillé et mort imminente. Une petite pensée émue pour mon moi du passé qui a su anticiper les événements car c’est exactement ce qu’il s’est déroulé. Par contre je suis carrément moins fier de mon moi du présent car cela veut dire que les heures passées à visionner du Schwarzy n’ont servi à rien.
Dès mon atterrissage, j’ai couru me réfugier dans un coin pour n’en sortir que lorsque les bombardements ou un bruit toujours suspect m’y obligeaient et ce jusqu’à ce que je me fasse abattre par un random pécore qui passait par là.

J’ai répété ce schéma pendant plus de parties que je ne saurais te l’avouer... Fort heureusement la honte ne tue pas et mes stats sont bien cachées.



ROOKIE

On y prend vite goût. Monter dans l’avion. Entendre des russes crier. Sauter. Mal atterrir. Courir. Se cacher. Courir. Entendre des coups de feu au loin. Se cacher. Prier. Se faire rattraper par la zone. Courir. Voir un ennemi. Mal viser. Courir. Prier en courant. Se cacher. Se sentir en sécurité. Mourir.

Au bout d’une dizaine de parties et ce malgré ma relative connaissance du jeu, il m’est toujours impossible d’avoir confiance en mes choix. Comment en serait-il autrement ? Je ne comprends toujours pas comment faire pour bien viser, ni quelles munitions vont avec quelles armes. Quand je pense être caché, je me fais lyncher. Et quand je cours dans la pampa en pleine zone rouge, je m’en sors indemne tel un héros Michael Bayesque. Les morts que j’accumule sont pour la plupart dignes de figurer dans un bêtisier style Darwin Award.
Etant parti du niveau 0 (le niveau 1 étant Scout de France), j’avais du mal à me projeter en tant qu’expert survivaliste en zone de guerre. Mais pour autant, je n’ai pas cédé. A chaque mort je me demandais ce que ferait John à ma place et une petite voix me répondait “Une guerre comme ils n’en ont jamais vu”.
Et je m’y suis attelé.
[Lancement de la musique]
[Montage training]



SOLDAT RYAN

C’est bon. Je ne compte plus mes dîners à base de poulet. Le top 10 étant dorénavant une formalité. La victoire ? Avec un peu de chance et un bon angle de tir, plus si difficile à atteindre. La confiance se dégage dans mes prises de décisions et mes tirs ont gagné en précision. Moi qui pensais avoir tout vu, tout fait, je suis tombé de haut car tout ça, c’était avant qu’ils n’interviennent... Mes amis.

Comme dirait une ex, passer de un à quatre, ça ne s’improvise pas.
Entre le mec qui klaxonne, l’autre qui prend la confiance et le dernier qui ne sort plus de son trou, la belle brochette est au complet.
Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est qu’avec mes faits d’armes en solo, on pourrait croire que je partirais rassuré. Mais non, simplement parce qu’en face aussi, ils ne sont plus tout seuls mais bien quatre. Agissant en équipe, se couvrant et bougeant ensemble. Ce qui d’ailleurs, me laisse penser que le GIGN se fait des pauses jeu plus souvent que l’on pourrait croire. De mon côté, c’est dissonance et discorde à chaque déplacement. Et je ne parle même pas des combats. Aller, si. Il faut juste imaginer quatre mecs qui croient tous savoir quoi faire. Sauf que chacun part dans son coin sans avertir les autres. Bien entendu, le premier qui meurt aura le droit de se plaindre de ne pas avoir été suivi/couvert par les autres. Tandis que le dernier debout se verra irrémédiablement attribué le titre de trouillard en chef.

Je veux bien avouer avoir été médisant envers mes coéquipiers. Nos débuts en territoire ennemi ont donné lieu à quelques situations improbables mais au bout de quelques games passées avec eux, je ne me sens pas de retourner mener ma guerre en solitaire.
Comme qui dirait, une bonne guerre ça rapproche et je commence à comprendre les propos de mon grand-père (pas tous, je vous rassure). Que ce soit tant pour la stratégie que pour l’ambiance qui peut passer de la sortie rando en colo aux instructions simili militaire en deux secondes, il y a quelque chose proche des jeux d’enfants à se retrouver dans une bande de copains pour jouer à la guerre.



VÉTÉRAN D’HERENDEL


Dos à dos dans nos marcels tachés de boue, nous ne faisons plus qu’un. Malgré nos munitions presque épuisées, nos corps mal en point et nos amis tombés au combat, nous ne baissons plus les bras pour si peu. Nous attendons, tapis dans l’ombre, à la recherche du moindre signe de faiblesse que laisserait paraître un rookie pour bondir. Moins il reste de participants, plus notre combativité augmente, galvanisée par les voix de nos frères tombés au combat (voix souvent trop saturées par le micro). La frustration d’une mort s’évapore vite quand on est vengé par un ami (citation tirée de mon épitaphe).
Alors que nous fouillons le corps encore tiède d’une pauvre âme s’étant fait rattraper par la zone, la nouvelle position de cette dernière est annoncée. Bordel ! On est à l’opposé. Pas le choix. Mon compagnon et moi-même nous mettons aussitôt en route. Que ce soit à travers les buissons, les arbres, les herbes ou les textures difficilement affichées, nous accélérons la cadence. Tout en surveillant avants et arrières, nos pensées sont pour ceux tombés au combat. Alors que la zone se met en chemin, nos espoirs de survie s’amenuisent. Nous savons que traverser en courant un espace à découvert est l’équivalent d’un suicide mais nous n’avons pas le temps. Nos poumons n’en peuvent plus, cependant nous apercevons sur la droite une lueur d’espoir. Une moto posée comme par magie sur le bord de la route nous attend sagement. Angle à 90°, nous bifurquons et enfourchons cette belle mécanique providentielle. Le moteur rugissant, nous ne craignons plus la mort. L’espace qui nous sépare de la zone se réduit de seconde en seconde et les quelques balles qui sifflent à nos oreilles nous laissent bien indifférents. A pleine vitesse dans une plaine, nous… “Vous êtes mort”.
Effectivement, rien ne peut nous arrêter sauf cette physique improbable qui retourne les véhicules biplaces comme des crêpes.

Aux portes de la mort, j’entends mes frères d’armes qui rigolent. Je pense qu’ils sont chauds pour la suivante.



UN BUCKET À PARTAGER

L’intensité à laquelle j’ai vécu mes parties de PUBG aura été en parfaite adéquation avec ma prise de confiance dans le jeu. Moins je jouissais de mes facultés intellectuelles, plus je ressentais mes instincts primaires et cognitifs faire leur travail. Au plus profond de ma détresse, j’ai découvert toute la fraîcheur qui pouvait ressortir d’un jeu auquel on ne voudrait jamais s’acclimater. Mais la routine, cette vilaine, viendra toujours se mettre entre nos pattes. C’est pourquoi, il faut la combattre avec tout ce que l’on a de plus fou : des potes qui rigolent en se mettant des patates de forains.