Vecteur d'émotions en tout genre, l'univers vidéoludique a accompagné l'enfant que j'étais durant mon adolescence jusqu'à mon arrivée à l'âge adulte.
Le temps, inlassable bourreau, ampute petit à petit ma capacité d'émerveillement devant le quotidien.

Mais, une lueur subsiste...




PROLOGUE

Journey n’est pas un jeu.
Ici, pas de highscore. Pas de combat non plus. Exit les ennemis tenaces et encore moins les boss.
Journey est un conte. Une expérience, qui, si tu le souhaites, peut être partagée avec d’autres joueurs du monde entier sans même avoir besoin de parler.

À jeu spécial, traitement spécial. J’ai donc mis ma petite amie manette en main devant l’écran. Qui mieux qu’une personne néophyte dans ce domaine pour vous en parler. Elle n’en avait jamais entendu parler, ne savait pas du tout à quoi s’attendre si ce n’est que le jeu n’était pas trop long.
Elle s’est lancée dans l’aventure sans savoir que de loin, je la surveillais et notais toutes ses remarques.

A travers ces yeux, je voulais ressentir le sentiment de nouveauté que j’avais lorsque j’étais gamin, cette joie mélée d’incompréhension et de découverte. Etrangement, j’ai vécu ce sentiment de manière physique à travers un goût et une odeur. Malheureusement, ces sensations apparaissent de moins en moins au fil du temps et des jeux qui défilent devant mes yeux. Journey est le dernier en date à m’avoir fait autant vibrer et c’est l’une des raisons pour lesquelles je l’apprécie d’autant plus.

Je laisse maintenant la parole, indirecte, à ma copine.

Attention, je préfère prévenir pour les personnes qui souhaiteraient un jour essayer Journey que la suite de l’article contient certaines formes de spoilers. Je ne peux que vous recommander de ne pas la lire immédiatement et de foncer vivre cette expérience, qui je l’espère vous plaira.



PRESS START

“Du sable ! Oh, un petit bonhomme.”

Faisant face à la montagne.
“Je ne sais pas où je vais mais j’y vais.”

Glissant depuis le haut d’une dune.
“Je surfe.”

“Mon dieu, je me fais attaquer par des libellules blanches et des drapeaux.”

Exploration des boutons.
“Oh, je vole ! Ah non, je saute…”

“On dirait des poissons, coucou les copains !”
“On se croirait à Las Vegas : tapis rouge de lumière.”

Première rencontre avec un autre joueur. Elle pense que c’est une IA.
“Il y a un double moi, ils discutent."

“On a perdu notre pote.”
“Pourquoi il y a un bruit comme ça, il y a des méchants?”

“C’est une simulation de ski sur sable.”

“Oh, il m’aide, c’est chou !”

Début de la descente en glissade
“Comme c’est charmant.”

“I can fly ! Je vais prendre toutes les portes. Je t’avais dis que c’était une simulation de ski.”

“Il fait tout doré.”

Deuxième rencontre avec un autre joueur. Elle ne sait pas que ce n’est plus le même.
“J’ai un ami là-bas. Copain ! Il est content, on s’est retrouvé.”

Découverte du monde souterrain.
“On se croirait dans des algues. Oh, une méduse.”

“Houla, il fait très sombre ici.”
Rencontre avec les méchants.
“AH ! Il s’est fait bouffer ! Il s’est barré… tu m’as dit que ça ne faisait pas peur.”

“Il est là, le méchant.” Chuchotte : “Il arrive. Il arrive. Il arrive.”
Crie de soulagement : Pfiouuuuuu !

Arrive dans le sanctuaire.
“Il y a des paillettes dans le sol, c’est jolie.”

“Oh ! Je peux voler comme je veux, c’est trop cool ! Ah non, pas là. Dans l’eau, on vole.”

“Wahou, un requin marteau.”

En bas de la montagne.
“Il neige c’est pas comme dans le désert”

“Copain ! Il a froid, il est congelé. Un peu de chaleur dans ce monde de brute”

“Ahlala, un pécord là-haut. J’aime pas trop ça. Ah non, c’est bon, il est parti.”

“Vite ! Dans le petit blocos.”

Troisième rencontre avec un autre joueur.
“Oh mon pote ! Au détour d’un canyon ! Retrouvailles !”

“Il a perdu beaucoup de son écharpe. Il n’a presque plus la force de parler.”

Les deux compagnons ne communiquent plus. Ils utilisent leurs dernières forces pour se lancer à l'assaut de la montagne.
“Je n’ai plus d’écharpe ?! Mon pote non plus !”

“C’est encore loin le haut ? Ils ont l’air de galérer, hein !”

“Repose toi petit”

“Il n’avance plus, elle est où la montagne?”

“Mais, ils vont mourrir…? Ah… il est mort…”

“C’est tout blanc… et il y a les bestioles bizarres.”

“HAAA ! On est au paradis et on est mort!”

“J’ai jamais eu une écharpe aussi longue. On va flotter avec les grosses bestioles?”

“Du suuurf!”

“On va enfin savoir ce qu’il y a en haut de la montagne.”

FIN



RÉACTIONS

L’écran devient blanc puis le générique se lance.

Ma copine se retourne, me regarde et lance : “C'était mignon mais je n’ai pas compris toute l’histoire !”

Je lui explique en détails, les différentes étapes de son aventure ainsi que la véritable identité des personnages rencontrés. On se met à discuter autour de son expérience de jeu.
Malgré le brouillard qui entoure le scénario, elle savait clairement qu’il lui fallait atteindre le sommet de la montagne, un unique objectif qui l’a guidé tout au long de ses péripéties.
L’absence d’interface qui l’a perturbé au premier abord s’est vite fait oublier au profit d’une immersion totale. Pas besoin de se poser de question sur sa barre de vie ou le temps qu’il lui reste : le personnage et le paysage suffisent à eux-mêmes. Dans ce même état d’esprit, les premières phases de jeu se veulent intuitives et didactiques. Le plaisir de virevolter au vent devient vite très addictif. Son avis est unanime, la beauté du jeu l’a émerveillé mais c’est surtout cette liberté et cette simplicité qui lui ont le plus plu.

Lorsque je discute de Journey avec quelqu’un, même si nos points de vue peuvent diverger sur certains aspects, nous sommes toujours tombés d’accord sur la beauté et l’originalité de ce jeu. Bien qu’elles ne restent majoritairement connues que des professionnels ou des passionnés, c’est avec ces œuvres que le monde vidéoludique s’élève un peu plus chaque jour en tant qu’art à part entière.